27 octobre 2008
Classé dans Mondialisation et néolibéralisme

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Un programme d’urgence s’impose

Essai par Roger Rashi

La crise financière perdure. Les sommes mirobolantes engagées dans les programmes de sauvetage des banques américaines et européennes n’ont eu finalement que peu d’effet, et même pire, l’onde de choc se propage dans l’économie réelle avec des compressions d’emplois, des fermetures d’usine et une insécurité grandissante.

Le trou noir des hedge funds

Un conseiller respecté sur Wall Street, le professeur Nouriel Roubini, n’y va pas par quatre chemins. «Ceci et la pire crise que nous avons vu depuis longtemps… Les choses vont empirer considérablement avant de s’améliorer. Je crains que le pire soit devant nous»[1]. Et le professeur de montrer du doigt les grands responsables de la panique actuelle sur les marchés boursiers, soient les hedge funds, ces énormes fonds d’investissements privés à haut risque, non réglementés et souvent extraterritoriaux. «Il y aura un dumping massif des avoirs et des centaines de Hedge Funds vont faire faillite», précise-t-il. Certains analystes s’attendent à ce qu’au moins 30% de ces derniers ferment leurs portes. Selon l’International Herald Tribune, les pertes de ces fonds s’élèveraient à 180 milliards au cours des seuls trois derniers mois [2]. Il y a peu de temps, la valeur estimée de ces fonds tournait autour de 2000 milliards mais les pertes actuelles, évaluées en moyenne à 17,6%, voient les hedge funds fondre comme neige au soleil.

L’impact de ces pertes se répercute dans tout le système financier, car les fonds de pension, tant publics que privés, ainsi que les banques et assurances ont investi massivement dans les hedge funds dans l’espoir d’obtenir une rentabilité supérieure. Le capital cherchant des taux de rentabilité nettement plus élevés que le taux de croissance s’est engagé depuis un quart de siècle dans une financiarisation débridée qui, de produits dérivés opaques en hedge funds non régulés, sans oublier les techniques scandaleuses de leveraging permettant aux financiers de multipler leurs fonds propres jusqu’à 60 fois, a produit une énorme bulle spéculative. Insoutenable à long terme, cette bulle explose sous nos yeux entraînant dans son sillage la finance mondialisée et menaçant la planète d’une catastrophe sociale.

Les appels, comme ceux de Sarkozy, à réformer le capitalisme, à le moraliser et le réguler, sont des plus illusoires, car nous sommes confrontés à un système qui a échappé à tout contrôle. Comme le dit si bien l’économiste Michel Husson, «lutter contre [les] dérives financières [du capitalisme] doit conduire à remettre en cause la liberté absolue de circulation des capitaux mais aussi, plus fondamentalement, l’exploitation croissante des travailleurs à travers le monde. Il faut, autrement dit, fermer “à la source” le robinet qui alimente la spéculation»[3]. L’objectif doit être de mettre l’économie au service des besoins sociaux et d’engager la rupture avec ce système en crise.

Un programme d’urgence

La crise du capitalisme a toutes les chances d’être le prétexte à de nouveaux reculs sociaux. Mais l’échelle même de cette crise et la révulsion qu’elle suscite parmi un très large public ouvre une brèche historique qui devrait favoriser le renouveau des luttes sociales et populaires. Les partis de gauche et les mouvements sociaux devraient adopter une attitude plus combattive portant non seulement sur la régulation de la finance et des flux de capitaux, mais aussi sur le contrôle public et la démocratisation à terme du système bancaire et de crédit. De même, pour empêcher les maîtres de l’économie de reporter les frais de la crise sur les travailleurs et travailleuses, des programmes de luttes vigoureux pour l’amélioration des services collectifs, des infrastructures et de l’environnement devrait être mis de l’avant.

Aux partis de gauche de jouer leur rôle dans cette nouvelle conjoncture. Celui de partis tribunitiens qui organisent et défendent les catégories sociales exclues des bénéfices du système économique et politique et leur donne un sentiment de force et de confiance dans l’avenir. C’est le sentiment qui doit animer tout programme d’urgence face à la crise actuelle sous peine de rater le train de l’histoire.

Quelques éléments d’un programme d’urgence

  1. Protéger les retraites et l’épargne des travailleurs et travailleuses;
  2. Ré-échelonner les prêts hypothécaires et geler les saisies de maisons;
  3. Stimuler l’économie par des programmes d’investissements publics dans les infrastructures, le transport en commun et les énergies renouvelables;
  4. Améliorer les programmes de protection sociale notamment l’assurance chômage; investir dans l’éducation et la santé;
  5. Surveillance accrue des institutions financières et régulation du système de crédit;
  6. Réforme fiscale pour une taxation accrue des grandes entreprises.

Notes

  1. Alexis Xydias et Camilla Hall, «Roubini Says ‘Panic’ may Force Market Shutdown», Bloomberg.com, 23 oct. 2008.

  2. Louise Story, «Hedge Funds’ Steep Fall Sends Investors Fleeing», International Herald Tribune, 23 oct. 2008.

  3. Michel Husson, «Une crise structurelle du capitalisme](http://www.humanite.fr/Une-crise-structurelle-du-capitalisme)», l’Humanité.

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